Le dilemme des GLP-1 pour les promoteurs de régimes

Entre promesse clinique et pressions financières : une entrevue avec Massimo Nini
Les médicaments GLP-1 — des traitements conçus pour le diabète de type 2, mais de plus en plus utilisés pour la gestion du poids — transforment rapidement le paysage de l’assurance collective. Entre la demande croissante des adhérents, l’augmentation des coûts et les bénéfices évidents pour la santé, les promoteurs de régimes ont des choix à faire. Au fil des échanges avec les conseillers d’AGA, plusieurs clients nous disent ressentir une certaine confusion et chercher des orientations pour résoudre ce dilemme entre santé et coûts.
Notre vice-président principal, conseil, tarification et actuariat, Massimo Nini, a eu l’occasion d’aborder ce sujet sous différents angles en tant que conférencier lors du dernier congrès national de l’Institut canadien de la retraite et des avantages sociaux (ICRA) à Québec, au début du mois de juin. Nous nous sommes assis ensemble pour faire le point sur les discussions tenues lors de la conférence, notamment sur les approches offertes aux promoteurs de régimes, et pour apporter un éclairage afin de mieux comprendre les enjeux.
Massimo, les GLP-1 sont effectivement un sujet très en vue en ce moment. Tu as été invité à donner ta perspective dans des articles de publications de l’industrie, nous en avons parlé dans le rapport Innover pour mener d’AGA, et tu as pris part à cette conférence qui a aussi généré une couverture médiatique. Pourquoi ces médicaments reçoivent-ils autant d’attention?
Massimo Nini (MN) : La croissance des GLP-1 est tout simplement remarquable. Nous assistons à une convergence de facteurs : hausse des taux de diabète et d’obésité, solides résultats cliniques et adoption rapide par les patients.
Pour mettre les choses en perspective, les GLP-1 représentaient environ 25 % des dépenses en médicaments liés au diabète en 2021. En 2025, cette proportion atteignait près de 57 %1. Il s’agit d’un changement fondamental en seulement quelques années.
Parallèlement, ces médicaments sont cinq à six fois plus coûteux que les traitements traditionnels. Même une adoption modérée a un impact significatif sur les coûts des régimes.
Qu’est-ce qui explique une demande aussi forte?
MN : C’est simple : ces médicaments procurent des bénéfices significatifs. Ils améliorent le contrôle glycémique tout en favorisant la gestion du poids, ce qui est souvent essentiel pour les patients.
Mais il y a aussi un changement de perception de l’obésité. Elle est de plus en plus reconnue comme une maladie chronique plutôt qu’une conséquence du mode de vie. Cette évolution influence la façon dont les patients, les médecins et les employeurs abordent les traitements. Aujourd’hui, environ 30 % des Canadiens sont considérés comme obèses, alors qu’une faible proportion seulement utilise un traitement pharmacologique. Il existe donc encore un potentiel de croissance important.
Certaines décisions en matière de santé ne se résument pas à des chiffres; elles sont aussi des histoires humaines. Tu as cité un exemple marquant lors de la conférence, n’est-ce pas?
MN : L’impact peut être important, et parfois sous-estimé. Lors du panel de l’ICRA, j’ai utilisé le témoignage réel d’un participant qui utilisait un médicament GLP-1, payé de sa poche, car les effets sur sa santé générale, la gestion de son poids et son estime de soi étaient remarquables. Toutefois, cette personne a dû interrompre le traitement en raison des coûts, avec des conséquences sérieuses : reprise de poids, détérioration de la santé métabolique et même problèmes de santé mentale. Pour certains, ces médicaments deviennent essentiels au maintien d’un équilibre global. Ça démontre que l’enjeu va bien au-delà de l’apparence — il touche la qualité de vie, la santé à long terme et la prévention de conditions plus graves.
Est-ce que ça veut dire que ces médicaments devraient être couverts par les régimes privés pour tous les usages?
MN : Ce n’est pas si simple. Du côté positif, les bénéfices potentiels sont convaincants : amélioration de la santé globale, réduction du risque de maladies graves et diminution de l’invalidité à long terme — autant d’éléments favorables pour un promoteur de régime. Par contre, il existe des incertitudes. Les effets à long terme ne sont pas encore entièrement connus et, surtout, les bénéfices dépendent d’une utilisation continue. Si le traitement cesse, les résultats peuvent être rapidement annulés.
Traditionnellement, les employeurs utilisent les avantages sociaux pour attirer et retenir les talents, tout en soutenant la productivité. Mais les GLP-1 mettent ce modèle à l’épreuve. Il s’agit de traitements coûteux et de longue durée. Les promoteurs doivent trouver un équilibre entre accessibilité, équité et viabilité financière.
Les promoteurs sont-ils prêts à assumer des coûts additionnels s’ils en retirent des employés en meilleure santé? Les employés sont-ils prêts à payer des primes plus élevées pour une couverture élargie? L’ajout des GLP-1 signifie-t-il qu’il faudra enlever d’autres protections pour stabiliser les coûts? Voilà quelques questions à se poser pour se positionner, en tant qu’employeur, sur le continuum des possibilités.
Supposons qu’un promoteur souhaite couvrir les GLP-1 pour la gestion du poids. Quelles recommandations ferais-tu pour structurer cette couverture?
MN : Il n’y a pas de solution universelle. Certains régimes excluent complètement les médicaments contre l’obésité. D’autres imposent des plafonds annuels ou des listes de médicaments restrictives. À l’autre extrémité, certains offrent une couverture complète sans plafond. On observe également des approches plus nuancées, comme des listes par paliers ou des niveaux de remboursement différenciés. En termes de coûts, l’ajout d’une couverture pour les médicaments contre l’obésité peut augmenter les dépenses de santé de 0,5 % à 4 %, selon l’utilisation. Ce n’est pas négligeable.
Globalement, ça mérite une réflexion. L’essentiel est d’assurer l’alignement avec les objectifs organisationnels — qu’il s’agisse d’améliorer l’accès, de contrôler les coûts ou de soutenir une stratégie globale de santé et de mieux-être.
Du point de vue des coûts, un facteur pouvant faire pencher la balance — sans jeu de mots — est l’arrivée de versions génériques des GLP-1. Penses-tu que ça va inciter les promoteurs à revoir leur position?
MN : Possiblement — mais pas immédiatement. Le Canada a déjà approuvé des versions génériques du sémaglutide, ce qui pourrait faire baisser les coûts avec le temps, même si leur disponibilité pourrait prendre un certain temps.
En parallèle, l’innovation s’accélère. De nouvelles combinaisons de médicaments, des thérapies de prochaine génération et même des versions orales sont en développement. Est-ce que ça va renverser la baisse de coûts liée aux génériques? Il est encore trop tôt pour le dire.
Admettons que tu as une boule de cristal. Que vois-tu quant à l’avenir de la couverture des GLP-1 ?
MN : La seule certitude, c’est que ce sujet va rester au cœur des préoccupations des promoteurs de régimes pour les mois et les années à venir. Ça se résume en trois grandes questions.
Premièrement : les employeurs peuvent-ils continuer à justifier l’exclusion des médicaments contre l’obésité, compte tenu de leur efficacité et de la reconnaissance de l’obésité comme maladie chronique?
Deuxièmement : à quelle vitesse les coûts vont-ils continuer d’augmenter, et de combien?
Troisièmement : à quel moment — et de quelle façon — va-t-on voir le retour sur l’investissement, les résultats mesurables, comme une amélioration de la productivité ou une réduction de l’absentéisme? Il s’agit probablement du plus grand défi, pour lequel les promoteurs de régimes ont besoin d’accompagnement afin de prendre des décisions éclairées. Nos conseillers AGA sont là pour aider!
1 Base de données des régimes privés d’assurance-médicaments à paiement direct d’IQVIA.

